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La Pétanque des neiges ???
Par :
Bruno G. Simard
Au Québec,
quand vient l’hiver, une bonne partie de la population a l’impression de commencer à purger sa peine de prison. La
sentence: 5 mois de pénitencier par année, à vie. Si l’on considère que l’espérance
moyenne de vie des québécois est de 78 ans, c’est donc dire que la plupart de
nos concitoyens auront passé 32 ans et 160 jours en prison. Brrr! ça donne le
frisson...
Tous les
amateurs de plein air d’ici savent qu’il est totalement futile de maugréer
contre l’hiver du Québec. Au risque de faire se retourner M.Lapalice dans sa
tombe, je vous dirai que le seul moyen
de ne pas passer l’hiver en prison, c’est de sortir jouer dehors. Certains
l’ont compris et s’adonnent aux plaisirs hivernaux traditionnels tels que le
ski, la motoneige, la pêche blanche, le patin, etc. Mais il y a toujours des
excentriques, pour qui les conventions sont en elles-mêmes des obstacles. Pour
ces gens là, qui dit obstacle, dit défi. Et chacun sait qu’un défi est une
motivation irrésistible pour les créateurs.

C’est dans cet
esprit qu’un groupe de Saguenéens non-conformistes, dans la quarantaine,
décidèrent de faire preuve d’imagination dans leur façon d’apprivoiser l’hiver,
le défi étant de trouver un nouvelle façon de jouer dehors en hiver. Il fallait
pouvoir jouer en groupe, que le jeu allie habileté et convivialité, qu’il s’en
dégage une certaine compétition et surtout, que la partie ne s’éternise pas.
Que voulez-vous, température oblige. La
solution: LA PÉTANQUE. Eh Oui! Un jeu
vieux comme le monde mais qui jusqu’à présent, au Québec était l’apanage
exclusif des clubs de retraités. On a même un peu partout construit de
magnifique boulodromes chauffés afin que nos aînés puissent jouer à l’abri des
morsures de l’hiver.
Qu’à cela ne
tienne, les vrais créateurs ne sont pas snobs. C’est ainsi que l’an dernier un
petit groupe de braves se donnèrent rendez-vous sur la surface gelée du lac
Kénogami, pour la première confrontation du tournoi de Pétanque des Neiges.
Température moyenne: moins 18 degrés . Le taux de participation était faible,
mais que de plaisir. Ayant fait la preuve qu’il était possible d’adapter ce jeu
originaire de la Méditerranée aux conditions particulières de température et de
terrain du Québec hivernal, le groupe
de joyeux toqués était maintenant prêt à élargir ses cadres. À l’approche de
l’hiver 2000, notre bande de Yétis de la boule se réunit pour préparer la
seconde édition de leur événement. « Cette année, ce sera du sérieux.
Objectif, au moins 20 joueurs, et il faut jouer dans les règles de
l’art. » Une recherche est donc lancée sur le NET dans le but de glaner le
maximum d’informations sur le sujet. En plein « surfing », une
première adresse se dégage: L’amicale des
Boulistes Amateurs et buveurs de pastis d’Aix en Provence . Sans
doutes qu’avec un nom pareil, ces Français étaient de joyeux drilles du même
acabit que nos toqués.
Dès la
première demande d’information, les Français réagissent: « Quoi? De la
pétanque dans la neige? Comment faites-vous par des températures si basses?
Utilisez-vous des équipements spéciaux? Les boules sont-elles chauffées? »
C’est l’étonnement le plus complet. « Ces québécois sont vraiment
fous » devaient se dire les cousins. Au fil des recherches des liens
se tissent et c’est ainsi que les Français, Olivier, Jacky et Jean-François,
transmirent leur savoir à ceux qu’il était maintenant convenu
d’appeler : « Les
boulistes des neiges. » Si vous me passez l’expression, je dirais que
l’affaire fit boule de neige. Car les
mots d’encouragement fusèrent des quatre coins du monde. De Pete
l’Australien, de Régis le Néo-Zélandais, de Rolf l’allemand, de Guertjan le Hollandais, de Jean-Luc le belge et de bien d’autres encore. (
Le magazine Pétanque New-Zealand compte
parler de cet événement dans sa prochaine édition ) Fort de leurs nouvelles
connaissances et de l’appui du monde entier, nos boulistes des neiges
décidèrent de donner ses lettres de noblesse à leur tournoi. Il sera dorénavant
connu sous le vocable de: «Tournoi Mondiale
de Pétanque des Neiges » et pourquoi pas ? Puisque de toute évidence il
s’agit du seul événement du genre sur la planète...
C’est ainsi
que le 5 février dernier, par une de ces journée où la lumière est magique, et
par un confortable -9 degrés, 8 équipes de « Doublette » se
disputèrent ( sur un terrain tapé à la motoneige) les honneurs de ce tournoi
dédié à la folie créatrice. Sur les recommandations des parrains d’Aix en
Provence, le caribou du terroir fut remplacé par le traditionnel pastis
méditerranéen. La fameuse phrase cliché: « Alors Marcel ! Tu pointes ou tu
tires ? » s’est enrichie d’expressions nouvelles telles que: « Coudonc
Tommy! Tu glisses ou tu enfonces ? »
Les grands
gagnants, le duo Mic-Mac, formé de Michel Tremblay et Jean-Marc Martel, a fait
preuve d’une grande maîtrise de la boule; ils ont également démontré leurs
qualités de stratèges, obligeant leurs adversaires à jouer sur leur propre
terrain. Selon Carole Langevin, une des participantes: « Ce jeu se prête
très bien aux terrains enneigés. Il a toute les chances de connaître une
popularité croissante.» Déjà, un
nouveau conseil d’administration est élu; Michel Tremblay, en est le président
et il est secondé de Hélène fortin, vice-présidente. L’aire de jeu de l’édition 2001 est choisie: ce sera le secteur
des Monts Valin , plus précisément le lac Emmuraillé. Gageons que dans un
avenir proche, les curieux d’Europe et d’Océanie pourront venir tâter de la
pétanque sous zéro. Les Boulistes des Neiges du Saguenay ont fait la preuve que
l’hiver du Québec n’est une prison que pour ceux et celles qui sont restés
accrochés à un fallacieux rêve d’Amérique uniforme, à la Beach Boys. Il nous
reste plusieurs semaines d’hiver. Vous avez le choix entre aller donner vos
dollars dévalués en Floride, ou vous servir de votre imagination. À vous de
choisir...
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