LE RÉVISIONNISTE
(texte nihiliste s'il en est)

Ça m'est venu avant-hier, alors
que, étant sorti dans la cour et m'étant
aventuré trop près du mur de béton
qui l'étouffe, je me reçus un uppercut au nez.
Lequel uppercut s'était travesti
de façon hideuse, calomnieuse, et en tout cas déloyale,
en un vent de juillet fleurant le sexe et la bière,
et même sulfureux, à force d'être doux.

Mais tel une pomme newtonienne,
ce choc me plongea en une fameuse méditation
dont voici les grandes lignes.

D'un choc s'ensuit souvent( et je crois
m'adresser ici à un lectorat d'une
certaine maturité, ayant sur ce plan
toute une longue tradition et expérience
à toute fin utile pour comprendre à quel
genre de phénomène nous avons affaire)
une légère désorientation, des troubles
de la perception, voire de l'acuité cérébrale
à plus ou moins long terme,
suivant la gravité dudit choc. Le trouble
dans les rets duquel je me débattais
m'entraîna dans un questionnement dont
le propos était le problème du stress en
milieu carcéral, ces lieux si tristement
célèbres pour les tensions dont ils se font
par trop placidement les hôtes. J'en
vins ainsi à me demander si, advenant
le cas ou l'on en ferait des institutions mixtes,
ces susdites tensions n'en viendraient pas à devenir,
sinon fumée et chimères urbaines, du moins plus supportables.

Car c'est un fait reconnu pour cliniquement éprouvé,
truisme scientifique même, pour quiconque
(et je crois m'adresser ici à un lectorat, etc.)
ayant fait un lony et pénible suivi* des
malencontreuses casquettes encore
célibataires à trois heures du mat
sur Saint-Denis (lire passé le last call
d'ins bars), que le refoulement des pulsions sexuelles
rend grugé(à noter que l'expérience est
merveilleusement vérifiable sur soi-même).

*même et souvent involontaire, sauf exception

Mais je dû bien vite me rétracter
en moi-même, m'avisant que le ratio
par trop disproportionné de mâles per capita
femelle laisserait plutôt envisager
le pire, dans l'éventualité d'un
mélange des genres dans le bassin
en question. Hors de tout doute
que, la testostérone étant ce
qu'elle est, tout ça dégénérerait,
au mieux à de nouvelles injustices,
inégalités retours au luttes ataviques
de domination même pas tribales, pour devenir,
au pire:des émeutes sexuelles,

Tout cela est sans compter
les inévitables retours du foyer(car il
y en a!), ces malheureux retours au foyer
et leurs présages lugubrement teintes de rouge sur le bord
des cols et de combien d'autres surprises dans les
pantalons, et de quelles criardes couleurs?
Combien de ménages brisés. Et pourquoi?

Pour des fantasmes de taulards schizophrènes
qui ne tiennent visiblement pas la route,
dans l'actuel contexte qui rythme la marche écrasante,
implacable de la raison et ses chaussettes à clou.

Un fait crève cependant
cruellement l'oeil même le moins exercé
ou sensible. De deux choses l'une: la femme
est la victime d'une discrimination
positive sans nom et sauvage
de la part des forces constabulaires et
juridiques. mais Cette éventualité
reste cependant tellement discrétionnaire aux
parties concernées, si anarchique,
hors de contrôle, chaotique même
à la rigueur, que l'on pourrait
facilement loucher sur l'autre
option, qui serait de considérer comme
un fléau, un danger public, une
menace pour l'orbre et le déjà trop
précaire équilibre du milieu carcéral,
toujours dans l'éventualité
d'un mixage, le naturel tempérament passif de la
femme, trop peu enclin à la
délinquance! Mais cette dernière
considération serait sans compter
que même les démagogues les moins
subtils (sauf le Dr Mailloux peut-être,
mais il $ait ce que ça rapporte
n'osent plus se risquer depuis belle lurette
à tenir de tels propos lorsqu'il est question
de l'éternel féminin, gémonisé à très juste
titre depuis de Beauvoir.

Force est donc de constater que le problème
se situe ailleurs, dans une zone qu'on
pourrait naïvement croire nébuleuses, entre les deux.

Le système actuel, de par sa nature
patriarcale est obsolète et odieux. La femme
y est la grande laissée pour compte. Elle est
négligée, occultée, ostracisée, voire marginalisée,
dans la rédaction botchée et clairsemée
d,énormes et horribles béances juridiques
du code civil. Ne serait-il pas temps d'y remédier?

Par exemple, il serait très faisable,
pratiquement sans s'enfarger dans la
Constitution, de réglementer la longueur
de la jupe ou du talon des souliers. Rendre
obligatoire le port de la brassière, et celui
du nombril, illégal, en public. Pénaliser
toute jolie piétonne s'étant trouvé ou se trouvant encore
dans un rayon de 100 mètres des lieux d'un
accident impliquant deux véhicules, à une
intersection. Tolérance zéro en ce qui
a trait à la prostitution ainsi que tous les
dérivés du racolage (cela ne sera pas pour
déplaire aux témoins de Jéhova, qui se verront,
à bon compte et de façon inespérée, soudain
auréolés du prestige des Saints Martyres).

Innovons cibole! Inspirons nous de la sagesse des vieux
peuples Mayas (ou s'agissait-il des Toltèques?...
Qu'importe! Tout le monde aura compris
à quel genre de"civilisation"
je fais allusion) qui, à la mort de l'un
des époux issus d'un mariage
nobiliaire, avaient pour traditiond'unir les amants
amants jusqu'au tombeau, quitte à y enfourner
la dépouille et le survivant d'un même et
romantique élan. Demême, pourquoi ne pas
laisser un délai de, mettons, 24 heure, à
tout(e) citoyen(ne) qui verrait son(sa)
conjoint(e) incarcéré(e), pour se présenter
avec ses effets personnels et quelques litres de
boisson forte, à l'établissement ou est détenue
sa douce moitié, afin d'y purger
tous deux la sentence (l'on pourrait
ainsi faire compter le temps pour double)?
À défaut de quoi, il va sans dire que le
(la) nouveau (elle) délinquant(e) se verra
considéré(e) en état de liberté illégale et
automatiquement exposé(e) à des poursuites et
à une détention préventive, passé ce délai.

Les avantages de cette possible
réforme sont si innombrables que nous ne
nous bornerons à n'en énumérer que les
principaux, afin de ne pas trop fatiguer le lecteur.

Outre l'effet de désengorgement des prisons
surpeuplées(Temps compté
pour double, deux individus par lit), il y a
fort à parier que non seulement les
citoyens deviendront dorénavant plus
regardant face à leurs fréquentations, mais
la voie publique y sera également
gagnante en fait d'orbre et de sécurité.

Quant aux prisons! Ces fameuses
prisons, aujourd'hui vastes tripots à baboche,
bordels contre-nature subventionnés et tout
le reste que nous ne saurons heureusement jamais,
pourraient se muer dès maintenant en lieux
de villégiature privilégiés et démocratique,
ou la pauvre testostérone, encore marquée
il y a peine quelques paragraphes de son
sceau infâmant, pourra désormais fleurir
et s'épanouir telle une vigne magnifique
ou une plante grimpante. Les couples souffrant
de problèmes sigraves que la femme en est réduite
à des extrêmes telles qu'appeler
(la salope!)
la police à son secours, pourront se réconcilier dans un cadre
tout ce qu'il y a de plus romantique.
Les cols resteront immaculés de tout
produit cosmétique illégitime. Pour
finir, les prisons deviendront l'endroit
idéal pour qui cherche un peu de repos après
une dure semaine de burn-out, moyennant
une taloche libératrice sur la gueule toujours
serviable de l'agent de la paix le plus
près de chez vous (les diverses origines
du stress étant ce qu'elles sont), tout ça
aux frais de l'État et pour sensiblement
les même coûts (d'État (ça y'est,
je me mets à faire du Renaud))!

Quoi?!

Oké, pour les Toltèques
je l! pensais pas, ni pour les femmes
battues et Les Mayas non plus.
Bon baisers à tous.

DAVID WORMAKER
Prison de Bordeau, Mtl en juillet 2003




Page précédente Accueil Page suivante

SANG CHAUD

WebmasterEmaildunkeyxiote@reseau.qc.ca